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 Apparitions: enquête sur les fantômes de théâtre

« Être en scène, c’est considérer qu’on n’est pas l’unique propriétaire de l’Espace dans lequel on se trouve. »
Eve Bonfanti & Yves Hunstad
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En création ... 

Projet de création d’un spectacle autour de la Transmission de l’Art du Théâtre

 

" On pourrait supposer qu’être en scène, dans l’idéal de l’Art du théâtre, ce n’est pas seulement être émetteur d’énergies, c’est aussi être récepteur d’énergies. Que jouer, c’est avoir conscience que ce qu’on invente ne vient pas forcément que de nous. Que c’est se mettre en connexion avec des mondes périphériques, des forces qui sont bien plus grandes que nous-mêmes. Et qu’on ne fait pas du théâtre mais qu’on entre en relation avec le Théâtre, considéré comme un espace cosmique, une sphère gigantesque qui existe en tant que telle et dans laquelle on va composer une existence éphémère."

Eve Bonfanti et Yves Hunstad

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L’idée d’ Apparitions : enquête sur les fantômes de théâtre est née à la fois des expériences et créations théâtrales que nous avons vécues ou menées depuis que, l’un comme l’autre, nous sommes montés sur scène la première fois ainsi que des workshops que nous avons eu quelquefois l’occasion de donner à des artistes professionnels ou à des étudiants en école de théâtre.

Dès lors, nous avons pu réaliser à quel point nous participons à faire naitre autour de nous le désir du Théâtre, en développant une conscience plus grande de sa Nature, le désir de mieux le connaître et de créer avec lui une relation particulière.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, après notre dernière création, Détours et autres digressions présentée à Bruxelles en juin 2022 et au Festival d’Avignon en juillet 2022 et 2023 et après la Masterclass que nous avons donnée à l’ARTA du Théâtre du Soleil, à la Cartoucherie de Vincennes en avril 2023, nous avons entrevu avec clarté le sens qu’allait prendre notre recherche.

Avec ce projet nommé Apparitions : enquête sur les fantômes de théâtre, nous avons envie d’emmener le public dans un voyage au cœur même de l’énergie du Théâtre, où comme toujours l’humour et la poésie tiendront une place de choix.

 

Motivation politique du projet

 

Très souvent quand on joue, on a tendance à établir avec le public, un rapport unidirectionnel, un face-à-face frontal : « Je me montre, vous me regardez. Je parle, vous m’écoutez. Je donne, vous recevez ». Il n’est pas profitable d’être sur scène en état d’affirmation et d’autorité. Cependant, dans l’idéal de l’Art du théâtre, on pourrait supposer qu’être en scène, ce n’est pas seulement être émetteur d’énergies mais c’est aussi être récepteur d’énergies… On pourrait ainsi supposer que jouer, c’est avoir conscience que ce qu’on invente ne vient pas forcément que de nous. C’est se mettre en connexion avec des mondes périphériques, avec des forces qui sont bien plus grandes que nous-mêmes.

 

Motivation artistique du projet


C’est par un principe imaginatif, que pour nous, le théâtre est devenu comme une énergie autonome qui existe par elle-même. Il nous plaît de penser que le théâtre est comme une forêt qu’on traverse et qui transforme notre façon d’être au monde, notre façon de se positionner devant les étoiles. Il ne s’agit donc pas d’écrire ce que l’on pense, mais plutôt de transcrire ce qui se passe. Il ne s’agit pas de jouer comme on croit qu’il faudrait le faire mais plutôt de ne rien faire et d’avoir confiance dans l’idée que c’est le jeu qui nous prend.

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Note d'intention

1 - Les fantômes ne sont pas des croyances naïves, mais ce sont des outils permettant d’interroger le théâtre en profondeur. 

 

Cette enquête tente de mettre à la lumière l’idée que la nature même du théâtre est d’être fantomatique.


Il suffit de marcher seul.e dans un théâtre vide pour sentir que l’air n’appartient pas entièrement au présent. Le théâtre est un organisme hanté, non par superstition, mais par accumulation. Chaque représentation est une expérience fantomatique qui revient soir après soir et qui disparait soir après soir. Chaque instant théâtral est une apparition qui surgit du vide, scintille un moment, puis s’effondre. Rien ne reste et pourtant tout reste. Chaque spectatrice, chaque spectateur repart avec une trace, quelque chose de difficile à nommer comme une sensation que le spectacle n’a peut-être jamais totalement eu lieu sur la scène, mais plutôt dans un espace parallèle, au bord du visible.

 

Sur scène, les personnages aussi sont des fantômes provisoires, des êtres immatériels, des illusions, des hôtes intérieurs qui ne font que traverser celles et ceux qui les portent avant de disparaître dans le noir des coulisses. Les personnages ne sont pas créés, ils sont rappelés par des corps vivants qui acceptent de les laisser passer. Les actrices et les acteurs n’incarnent pas, iels laissent apparaître et quand iels entrent en scène, iels ne sont que des intermédiaires fragiles, hantés par les fantômes du texte.

 

Le public, assis dans l’ombre, participe lui aussi de cette spectralité. Ils forment une assemblée de fantômes regardant d’autres fantômes. Et dans cet échange silencieux entre celles et ceux qui regardent et celles et ceux qui apparaissent, se loge le cœur du théâtre : une vibration commune, une densité de présences où l’on ne sait plus très bien qui observe qui, ni quel monde regarde l’autre.

 

La nature fantomatique du théâtre repose sur cette alchimie : faire cohabiter des corps réels et des présences immatérielles. Ainsi, le théâtre est une machine à convoquer l’invisible, il n’est pas seulement art de la présence : il est art de la réapparition. Il fait revenir ce qui a disparu, il rend vivant ce qui n’a jamais eu de forme, il donne une voix à ce qui se tait. 
Il laisse l’impression que, juste un instant, quelque chose était là, quelque chose de fragile et de puissant, un fantôme peut-être, mais un fantôme qui nous regarde.

                                               

 

2 - La scène vit que l’on y soit ou que l’on n’y soit pas, la « fantômatière » y habite depuis toujours.

 

Souvent on pense qu’une scène vide est une scène morte, que le plateau de théâtre n’est fait que pour recevoir des décors et des lumières ou pour accueillir des artistes qui viennent y déployer leurs talents. Pourtant la scène n’est jamais vide. Il y a toujours quelque part des voix dissoutes, des gestes suspendus, des regards oubliés dans la poussière du temps mais  il y a aussi des intentions nouvelles et des perceptions encore étrangères qui attendent d’être reconnues.


C’est cela que nous appelons  la « fantômatière ».


Avec Apparitions : enquête sur les fantômes de théâtre, nous partons donc en exploration dans la « fantômatière » c’est à dire dans les « zones invisibles » du théâtre, ces espaces intermédiaires où s’entremêlent le visible et l’imaginaire, l’acte et sa possibilité, le geste et son fantôme. Pour nous, la « fantômatière » est une perception vivante, à deux pas de notre conscience, avec laquelle on interagit sur scène. Elle nous accompagne, nous parle, elle nous demande. Elle oriente nos mouvements, nos gestes, nos mots et notre façon de penser et de créer. C’est quand on entre en relation avec elle que le jeu s’invente et que l’écriture se construit.

Pour le public aussi, il s’agira de la faire exister à la lumière, de lui accorder sa place dans l’espace qu’on occupe.

 

 

3- La Fiction

Le projet s’appuie sur un duo d’actrice et d’acteur, figures passeuses qui accompagnent le public dans un théâtre nocturne, vidé après une représentation qui « aurait déjà eu lieu ».

En effet, le spectacle se déploie à partir d’une situation fictionnelle simple et puissante : au départ, le public est assis dans la salle, face à une scène vide, plongée dans une semi-obscurité.

Venant du lointain, une actrice et un acteur, tous deux en « costume de théâtre », s’avancent pour remercier les spectateurs d’avoir assisté à la représentation qui est déjà terminée. Iels annoncent que tout le monde a quitté les lieux : artistes, techniciens, spectateurs eux-mêmes.

La dramaturgie de Apparitions : enquête sur les fantômes de théâtre s’articule autour de plusieurs axes :

          D’une part, la déconstruction des codes théâtraux, c’est à dire, jouer avec l’avant et l’après de la représentation, déplacer les repères habituels, faire du vide scénique un espace narratif.

          D’autre part, le duo acteur / actrice considérés comme passeurs ; leurs dialogues sont le cœur du spectacle. Ils guident le public dans une exploration sensible de ce qui fonde le théâtre.

          Troisièmement, l’expérience du public : les spectateurs sont placés dans une position active, entre présence et absence, entre fiction et réalité, favorisant une écoute accrue.

          Quatrièmement, la mise en forme de l’invisible : rendre sensible — par le texte, le rythme et le jeu — ce qui d’habitude reste hors-champ ou non-dit.

 

                   On ne fabrique pas le théâtre

                                                    comme on ne fabrique pas la forêt.

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