
Apparitions
« Être en scène, c’est considérer que l’on n’est pas l’unique propriétaire de l’Espace dans lequel on se trouve. »
Conception et réalisation : Eve Bonfanti & Yves Hunstad
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Création en novembre 2027 à Bruxelles (saison 2027/2028)
Projet de création d’un spectacle autour de la Transmission de l’Art du Théâtre
On pourrait supposer qu’être en scène, dans l’idéal de l’Art du théâtre, ce n’est pas seulement être émetteur d’énergies, c’est aussi être récepteur d’énergies. Que jouer, c’est avoir conscience que ce qu’on invente ne vient pas forcément que de nous. Que c’est se mettre en connexion avec des mondes périphériques, des forces qui sont bien plus grandes que nous-mêmes. Et qu’on ne fait pas du théâtre mais qu’on entre en relation avec le Théâtre, considéré comme un espace cosmique, une sphère gigantesque qui existe en tant que telle et dans laquelle on va composer une existence éphémère.
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Aujourd’hui, avec Apparitions, nous avons envie de partager avec le public notre relation au monde invisible du théâtre.
Aussi loin que l'on remonte, les théâtres sont considérés comme des organismes hantés. Chaque représentation s’apparente à une expérience fantomatique qui disparait soir après soir, ne laissant derrière elle que des empreintes fugaces, des impressions diffuses et la sensation persistante que l'événement qui a eu lieu s'est déployé bien au-delà de la scène, aux frontières du visible.
Plutôt que d'illustrer théoriquement ces concepts, nous proposons de les vivre activement en invitant les spectateurs à s'immerger avec nous dans la pénombre, le temps d'une expérience partagée. En partant du postulat que « tout est fantôme au théâtre », notre fiction réunit la scène et la salle dans une même illusion, y incarnant une actrice et un acteur fantômes face à une assemblée qui a, elle aussi, basculé dans l'invisibilité. L'action débute alors que la représentation est officiellement terminée. Sur la scène nue, l’actrice vient remercier l'assistance et annonce, de façon improbable, que tout le monde, y compris elle-même, est en train de quitter le lieu. Le théâtre est petit à petit plongé dans l'obscurité. Le dernier technicien présent vient déposer la ghost lamp au centre du plateau avant de sortir et de claquer la porte. Ne restent ainsi, dans ce lieu désert, que l'actrice et le public qui se sont imaginés sortir tout en restant à leur place. C’est alors que l’acteur surgit des coulisses, étonné de trouver les portes fermées et de ne pas pouvoir sortir.
C'est en se retrouvant face à sa partenaire sur scène et au public toujours assis dans la salle, qu’il se rend compte que la réalité vient de basculer. Ainsi, à cet instant, deux temps s’entremêlent, la fin d’un spectacle et le début d’un autre.
La suite de la soirée se déroule alors à partir de ce constat fantastique : que reste-t-il d'un spectacle que le public n’a pas vu, quand le rideau est tombé, sachant que l'instant théâtral est une apparition éphémère qui scintille puis s'évapore et qu’il ne subsiste sur le plateau qu'une rémanence de ce qui fut ?
A partir de traces, de réminiscences physiques, de résidus de textes rejoués ou improvisés et de commentaires scientifiques sur la composition physique de l’Univers et du Théâtre en écho à ce qui a surgi sur scène, l’actrice et l’acteur vont entamer la recherche archéologique d’une représentation qui, en vérité, n’a jamais existé.
En collectant les reliques d'une illusion, tous deux créent un espace de troubles où les faux documents deviennent vecteurs d'une vérité poétique, invitant le public à devenir avec eux les archéologues d'un mirage pour le reconstituer, le réinventer et finalement donner corps à un rendez-vous théâtral inattendu.
Avec ce projet nommé Apparitions, nous avons envie d’emmener le public dans un voyage au cœur même de l’énergie du Théâtre, où comme toujours l’humour et la poésie tiendront une place de choix.
Eve Bonfanti - Yves Hunstad,
La Chartreuse, septembre 2026
Motivation politique du projet
Très souvent quand on joue, on a tendance à établir avec le public, un rapport unidirectionnel, un face-à-face frontal : « Je me montre, vous me regardez. Je parle, vous m’écoutez. Je donne, vous recevez ». Il n’est pas profitable d’être sur scène en état d’affirmation et d’autorité. Cependant, dans l’idéal de l’Art du théâtre, on pourrait supposer qu’être en scène, ce n’est pas seulement être émetteur d’énergies mais c’est aussi être récepteur d’énergies… On pourrait ainsi supposer que jouer, c’est avoir conscience que ce qu’on invente ne vient pas forcément que de nous. C’est se mettre en connexion avec des mondes périphériques, avec des forces qui sont bien plus grandes que nous-mêmes.
Motivation artistique du projet
C’est par un principe imaginatif, que pour nous, le théâtre est devenu comme une énergie autonome qui existe par elle-même. Il nous plaît de penser que le théâtre est comme une forêt qu’on traverse et qui transforme notre façon d’être au monde, notre façon de se positionner devant les étoiles. Il ne s’agit donc pas d’écrire ce que l’on pense, mais plutôt de transcrire ce qui se passe. Il ne s’agit pas de jouer comme on croit qu’il faudrait le faire mais plutôt de ne rien faire et d’avoir confiance dans l’idée que c’est le jeu qui nous prend.
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Note d'intention
1 - Les fantômes ne sont pas des croyances naïves, mais ce sont des outils permettant d’interroger le théâtre en profondeur.
Cette enquête tente de mettre à la lumière l’idée que la nature même du théâtre est d’être fantomatique.
Il suffit de marcher seul.e dans un théâtre vide pour sentir que l’air n’appartient pas entièrement au présent. Le théâtre est un organisme hanté, non par superstition, mais par accumulation. Chaque représentation est une expérience fantomatique qui revient soir après soir et qui disparait soir après soir. Chaque instant théâtral est une apparition qui surgit du vide, scintille un moment, puis s’effondre. Rien ne reste et pourtant tout reste. Chaque spectatrice, chaque spectateur repart avec une trace, quelque chose de difficile à nommer comme une sensation que le spectacle n’a peut-être jamais totalement eu lieu sur la scène, mais plutôt dans un espace parallèle, au bord du visible.
Sur scène, les personnages aussi sont des fantômes provisoires, des êtres immatériels, des illusions, des hôtes intérieurs qui ne font que traverser celles et ceux qui les portent avant de disparaître dans le noir des coulisses. Les personnages ne sont pas créés, ils sont rappelés par des corps vivants qui acceptent de les laisser passer. Les actrices et les acteurs n’incarnent pas, iels laissent apparaître et quand iels entrent en scène, iels ne sont que des intermédiaires fragiles, hantés par les fantômes du texte.
Le public, assis dans l’ombre, participe lui aussi de cette spectralité. Ils forment une assemblée de fantômes regardant d’autres fantômes. Et dans cet échange silencieux entre celles et ceux qui regardent et celles et ceux qui apparaissent, se loge le cœur du théâtre : une vibration commune, une densité de présences où l’on ne sait plus très bien qui observe qui, ni quel monde regarde l’autre.
La nature fantomatique du théâtre repose sur cette alchimie : faire cohabiter des corps réels et des présences immatérielles. Ainsi, le théâtre est une machine à convoquer l’invisible, il n’est pas seulement art de la présence : il est art de la réapparition. Il fait revenir ce qui a disparu, il rend vivant ce qui n’a jamais eu de forme, il donne une voix à ce qui se tait. Il laisse l’impression que, juste un instant, quelque chose était là, quelque chose de fragile et de puissant, un fantôme peut-être, mais un fantôme qui nous regarde.
2 - La scène vit que l’on y soit ou que l’on n’y soit pas, la « fantômatière » y habite depuis toujours.
Souvent on pense qu’une scène vide est une scène morte, que le plateau de théâtre n’est fait que pour recevoir des décors et des lumières ou pour accueillir des artistes qui viennent y déployer leurs talents. Pourtant la scène n’est jamais vide. Il y a toujours quelque part des voix dissoutes, des gestes suspendus, des regards oubliés dans la poussière du temps mais il y a aussi des intentions nouvelles et des perceptions encore étrangères qui attendent d’être reconnues.
C’est cela que nous appelons la « fantômatière ».
Avec Apparitions : enquête sur les fantômes de théâtre, nous partons donc en exploration dans la « fantômatière » c’est à dire dans les « zones invisibles » du théâtre, ces espaces intermédiaires où s’entremêlent le visible et l’imaginaire, l’acte et sa possibilité, le geste et son fantôme. Pour nous, la « fantômatière » est une perception vivante, à deux pas de notre conscience, avec laquelle on interagit sur scène. Elle nous accompagne, nous parle, elle nous demande. Elle oriente nos mouvements, nos gestes, nos mots et notre façon de penser et de créer. C’est quand on entre en relation avec elle que le jeu s’invente et que l’écriture se construit.
Pour le public aussi, il s’agira de la faire exister à la lumière, de lui accorder sa place dans l’espace qu’on occupe.
3- La Fiction
Le projet s’appuie sur un duo d’actrice et d’acteur, figures passeuses qui accompagnent le public dans un théâtre nocturne, vidé après une représentation qui « aurait déjà eu lieu ».
En effet, le spectacle se déploie à partir d’une situation fictionnelle simple et puissante : au départ, le public est assis dans la salle, face à une scène vide, plongée dans une semi-obscurité.
Venant du lointain, une actrice et un acteur, tous deux en « costume de théâtre », s’avancent pour remercier les spectateurs d’avoir assisté à la représentation qui est déjà terminée. Iels annoncent que tout le monde a quitté les lieux : artistes, techniciens, spectateurs eux-mêmes.
La dramaturgie de Apparitions : enquête sur les fantômes de théâtre s’articule autour de plusieurs axes :
D’une part, la déconstruction des codes théâtraux, c’est à dire, jouer avec l’avant et l’après de la représentation, déplacer les repères habituels, faire du vide scénique un espace narratif.
D’autre part, le duo acteur / actrice considérés comme passeurs ; leurs dialogues sont le cœur du spectacle. Ils guident le public dans une exploration sensible de ce qui fonde le théâtre.
Troisièmement, l’expérience du public : les spectateurs sont placés dans une position active, entre présence et absence, entre fiction et réalité, favorisant une écoute accrue.
Quatrièmement, la mise en forme de l’invisible : rendre sensible — par le texte, le rythme et le jeu — ce qui d’habitude reste hors-champ ou non-dit.
On ne fabrique pas le théâtre comme on ne fabrique pas la forêt
L’ultime champs de bataille sera celui de l’imaginaire

